Un raccourci à en perdre la tête
Nous sommes le 9 Thermidor.
La grande
salle de l’Égalité de la Commune est envahie par les partisans des députés
Robespierre, Robespierre jeune, Saint-Just et Lebas que l’on vient de sortir de
prison. Tous ont gagné la Commune insurrectionnelle et les tribunes sont
bondées de sectionnaires venus en nombre pour assister aux discours des tribuns
réunis dans l’arrière-salle de l’Hôtel de Ville.
Seul
Couthon, emprisonné à la Bourbe, est absent. Il hésite à quitter sa prison et
s’en remet à la loi. Les deux Robespierre et Saint-Just pensent qu’il est temps
que Couthon vienne les rejoindre à la Maison Commune. Aussi, adressent-ils,
avant minuit, un appel à ami. Robespierre jeune se charge de l’écrire et tous
signent.
À une heure
qu’il n’est pas possible de déterminer avec précision, Payan, l’agent national
donne lecture, d’un ton moqueur, du décret de la Convention qui met la Commune
hors la loi. Puis pensant que le public, qui se trouve dans les tribunes, a une
foi révolutionnaire semblable à la sienne et le même courage, il ajoute :
-
Et
les citoyens qui sont dans les tribunes !
L’effet
produit sur les auditeurs est tout autre que celui qu’il attendait. Au lieu des
acclamations ou des cris de colère qu’il espérait, c’est un silence brusque qui
s’établit parmi la foule. Puis l’épouvante la saisit, et soudain, presque tous
ces hommes et ces femmes se lèvent et s’enfuient au plus vite. En quelques
instants, les tribunes se vident. Les fuyards se répandent sur la place de la
Maison Commune et, par leurs propos, contribuent à décourager ou inquiéter
certains sectionnaires ou canonniers.
À cet
instant, la Commune insurrectionnelle a perdu la partie et tout espoir de
gagner la bataille contre la Convention. Et là, je vais oser avancer ce que
beaucoup d’Historiens n’ont pas risqué de déclarer à ce jour :
Le 9
thermidor, si la Commune et Robespierre ont perdu la partie c’est à cause de
l’agent national Payan qui avait voulu faire un bon mot. Si la salle du Conseil
se vida, que la rumeur assassine courut dans le Paris sectionnaire, si
Robespierre et Lebas se suicidèrent, Si des centaines de partisans de
Robespierre et de la Commune furent exécutés en quelques jours, laissant leur
place aux vainqueurs de ce coup d’État, c’est la faute à Payan !
Peut-on rire
de tout ? Il y a des raccourcis qui font mal aux oreilles à en perdre la
tête, certes, mais pourtant si Payan n’avait pas été ce jour-là d’humeur à
plaisanter….
Michel Benoit de Saint-Germain d'Apchon

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