Saint-Just, la liberté ou la mort !
S’il fut des hommes dont la personnalité a dû se révéler brutalement à l’occasion de circonstances exceptionnelles, Saint-Just fut de ceux-là. Il n’eut de cesse, durant la courte durée de son mandat électoral, de manifester sa détermination pour imposer la république aux tout puissants d’Europe qui, appuyés de leurs armées, encerclaient la Nation. Cette république, lui et ses amis la protégèrent en créant des lois, des institutions, une constitution sans précédent, celle de 1793, et en organisant la victoire contre les pays coalisés. À ce titre, Saint-Just n’hésitera pas à combattre lui-même l’envahisseur menaçant les frontières de la France. Il sera le penseur d’actes et l’homme d’action de la Révolution !
Mais qui était ce
jeune homme que ses détracteurs surnommeront après sa mort l’Archange de la
terreur ? Une météorite, venue de nulle part et qui entra dans l’histoire
pour une période de dix-huit mois avant de se brûler les ailes comme un insecte
éphémère ?
Louis Antoine
Saint-Just est né le 25 août 1767 à Decize dans la vieille maison des Robinot,
sa famille maternelle, située à quelques mètres de la Loire. Chez Saint-Just,
le grain qui forge l’homme est composé de deux variétés : la graine
militaire héritée de son père, capitaine de cavalerie du régiment du duc de
Berry et la semence de l’homme d’État transmise par son grand-père maternel,
conseiller et notaire royal à Decize.
Sa mère a 33 ans et son père, presque vingt de plus, lors de sa conception de l’enfant. Léonard Robinot, le père de Marie-Anne, s’oppose au mariage de sa fille avec ce militaire axonais, dont la fortune est très inférieure à la sienne. Devant la pression familiale, les parents de Saint-Just devront quitter la Nièvre et rejoindre la Picardie en attendant un jugement qui sera rendu en leur faveur. Le petit Louis-Antoine va alors être confié, après son baptême, à son parrain et oncle paternel, le curé de Verneuil, Jean-Antoine Robinot. C’est dans ce petit village, entouré d’arbres centenaires, à deux pas de l’église byzantine, qu’il vivra ses premières années et fera ses premiers pas, chez une vieille nourrice dont il partagera le sein et le lait avec ses frères de circonstance. Plus tard, revenu quelque temps à Decize, il assistera à la construction des halles, érigées pour réduire le fleuve et son bras mort, l’Aron, mais surtout, imaginées pour occuper les autochtones et leur donner un salaire journalier afin d’enrayer la misère et d’éviter la disette. A six ans, la réalité sociale lui sautera aux yeux, à l’image de ses camarades de jeux, qui devront eux travailler pour continuer d’exister. C’est sans doute cette image gardée en mémoire qui forgera sa haine des fastes, du pouvoir de l’argent, des affaires financières appauvrissant le peuple, de la misère et des injustices qui se matérialiseront par les événements qui surgiront au début de l’année 1789. Il rêvera d’établir la justice dans la paix, dans l’amour, et abattre l’opulence qu’il dénoncera comme une infamie. Trop jeune pour être élu à l’assemblée législative, il lui faudra attendre les élections suivantes qui le verront rejoindre les bancs de l’assemblée conventionnelle. Une assemblée élue pour abolir la royauté, juger le Roi et établir un gouvernement permettant de faire face aux nombreux dangers qui menacent le pays. C’est de cette fille de notaire, élogieux, reconnu et au fait des lois, et de ce meneur d’hommes, capitaine de cavalerie et quelque peu aventurier, que naîtra Louis-Antoine Saint-Just, penseur d’actes et homme d’action !
C’est peu avant
l’âge de neuf ans qu’il retrouvera sa mère, revenu dans le Nivernais pour y
régler quelques affaires familiales. L’enfant, délaissé, découvre qu’il est le
frère de deux petites sœurs, bien plus jeunes que lui, et qu’il n’a jamais vu.
Revenu dans la région paternelle, à Blérancourt où son père vient d’acheter une
maison, rue de la Chouette, il va falloir composer avec cette nouvelle famille
imposée, avec cette mère qui est tout sauf maternelle et avec l’absence de son
père, qui décède brutalement un an après. Louis-Antoine n’avait pas dix ans.
C’est donc dans
l’Aisne, entre Noyon et Coucy-le-Château, à Blérancourt, petit bourg de mille
âmes, que Saint-Just va grandir. L’enfance s’en est allée à la mort de son père
qu’il vénérera secrètement comme le vieux gendarme et cavalier qu’il fut.
L’adolescence lui apportera son lot de bonheur et de déception. Sa rencontre,
très jeune, avec la jeune Thérèse Gellé à l’âge de quinze ans. L’histoire d’un
amour contrarié, à l’image de ses parents, qui se renouvellera avec une union
refusée par sa mère et les parents de la jeune fille, dont le père est notaire.
C’est sans compter sans l’amour que se porte les deux jeunes gens, un amour que
rien ne pourra entamer, pas même le mariage arrangé de Thérèse avec le jeune
Thorin, laquelle bien que mariée, fuguera pour retrouver à Paris son amour de
jeunesse devenu son amant, Louis-Antoine, élu député à la Convention nationale,
l’espace de quelques mois avant sa mort.
Si l’affectif, la
confiance, le langage et la créativité sont des éléments essentiels devant
constituer le socle acquis à maturation avant l’âge de six ans, l’environnement
familial nivernais du contribuer grandement à façonner l’esprit et les futurs
comportements de Louis Antoine Saint-Just.
Alors que nous avons commémoré le 258e anniversaire de la naissance du
jeune tribun, il me semblait opportun d’évoquer ce que fut sa jeunesse et ce
qui forgea sa détermination dans le combat qu’il mena pour participer à la
création de la première République.
Michel Benoit de Saint-Germain d'Apchon
https://fr.wikipedia.org/wiki/MichelBenoit.
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