Les habitudes surprenantes des grands écrivains
A une époque où l'Ego domine tout et qu'il ne suffit à un célèbre inconnu de se proclammer Ecrivain, après avoir pondu quelques lignes sans l'aide de l'intelligence artificielle, pour se vanter d'appartenir à cette petite famille d'accrocs à la plume, j'ai pensé qu'il serait de bon ton de vous faore connaôtre les habitudes, connues et parfois surprenantes, des grands écrivains.
De la vie d'un Balzac qui ne souffrait aucune exception à un rythme
parfaitement réglé, à celle d'un Alexandre Dumas qui exigeait quelque
constante agitation pour que s'exprime la fibre créatrice de
l'artiste, l'existence des grands écrivains peut s'avérer être pétrie de
singulières manies...
Balzac prétendait ne pouvoir bien travailler que le matin, et l'on va voir
ce qu'il entendait par là ! L'auteur du Père Goriot se mettait au
lit vers six ou sept heures du soir : il se levait à une heure du matin et
travaillait jusqu'à huit.
Puis, il déjeunait copieusement, faisait un tour de promenade et se
remettait à la besogne jusqu'à trois ou quatre heures de l'après-midi. Il
prenait alors un bain, recevait quelques amis, dînait et se couchait. Il
recommençait le lendemain ; cela dura quinze ans.
Un pareil système ne pouvait convenir à Alexandre Dumas père. Très nerveux,
toujours en ébullition, il avait besoin de mouvement et exécrait -- on le sait
-- l'existence réglée, où rien n'est laissé à l'imprévu. On raconte qu'un jour,
ne pouvant mener à bien, dans le silence du cabinet, un roman qu'il avait en
train, il s'embarqua dans une de ces lourdes diligences qui faisaient jadis le
service entre Paris et le Havre. Pendant vingt heures il fut cahoté sur les
pavés du chemin. Quand il arriva à destination son livre était composé de
toutes pièces.
D'autres fois, il demandait à la musique ses meilleures inspirations :
souvent il venait au Conservatoire, se griser de mélodie, et, chez lui,
écrivait l'un de ces merveilleux chapitres que chacun connaît. Enfin, on se
rappelle qu'il aimait à se balancer sur les flots bleus du golfe de Messine
dans une simple barque de pêcheur, pour y chercher, comme en rêve, quelqu'une
de ses gracieuses héroïnes.
Théophile Gautier avait, lui aussi, cent façons de travailler. Dans certains
bureaux de rédaction, on se rappelle encore à la fin du XIXe siècle
comment il composait ses articles. Ecrivant debout sur une table spéciale, il
avait à sa droite un sac de bonbons et à sa gauche une botte de cigarettes,
dans lesquels il puisait alternativement.
Puis, quand il sentait l'inspiration faiblir, il s'arrêtait, et, à la
stupéfaction de ceux qui le connaissaient peu, s'approchait d'une petite pompe
qui se trouvait dans un coin, et pendant quelques minutes pompait de toutes ses
forces. Cela, disait-il, renouvelait l'oxygène de son sang et lui donnait des
idées. Puis il se remettait à écrire.
Dickens et Walter Scott, comme Balzac, travaillaient à hure fixe et surtout
le matin. « Entre six et sept heures, dit quelque part l'auteur d'Ivanhoé,
la muse me visite ; c'est là, pour moi, le meilleur moment de la journée,
l'heure claire où je vois nettement ce que je cherche souvent en vain en
d'autres instants du jour. « Quand je le puis, je ne travaille que le
matin et flâne en fumant l'après-midi. C'est si bon, un cigare, après quelques
heures de besogne ! »

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