Charles VII « le petit roi de Bourges »
29 mai 1418. Un prince affaibli et apeuré entre dans la ville de Bourges. Il a quitté Paris il y a quelques jours pour échapper aux menaces qui entourent sa personne, sa famille et ses fidèles. Ses ennemis, il ne les connaît que trop bien ! Les bourguignons dont le chef n’est autre que Jean sans Peur ont pris Paris. L’héritier de la couronne vient d’être déchu. La transition est difficile entre la capitale et Bourges et très vite Charles sait qu’il va falloir combattre les Anglais et les bourguignons pour retrouver l’héritage royal. Car Charles est l’héritier du royaume de France et apparaît comme le seul chef de parti hostile à la politique de collaboration menée par le duc de Bourgogne Jean sans Peur. Son père, le roi Charles VI est atteint d’incapacité mentale et moins de deux ans après l’entrée de Charles sur les terres Berrichonne, ce dernier apprend que, lors du traité de Troyes, celui-ci vient de le déshériter au profit du roi d’Angleterre Henri V.
Dès lors, accompagné de quelques fidèles, tel que Bernard VII
d’Armagnac, il va s’employer à reconquérir les terres et soumettre les villes
aux alentours de la capitale berrichonne. N’hésitant pas à mettre en avant la
déficience mentale de son père, Il se
proclame régent du royaume. Un bien petit royaume puisque la quasi-totalité de
celui-ci est entre les mains des Anglais et de leurs alliés. C’est sans doute
pour ces raisons qu’on affublera le régent du surnom péjoratif de « petit
roi de Bourges ». Marié avec Marie d’Anjou, il est temps pour lui de penser
à sa descendance. Celle-ci est importante politiquement alors que Charles est
en pleine lutte pour reconquérir son royaume. C’est ainsi que verra le jour le
premier enfant du couple royal.
Le 3 juillet 1423 va naître, en plein cœur du palais épiscopal,
un enfant de sexe masculin qui sera appelé par la suite à succéder à son père
et qui s’appellera Louis. Cette naissance est une victoire pour celui qui se
prétend à juste titre descendant direct du trône de France et va à l’encontre
des nombreuses rumeurs qui faisaient que Charles VII était un bâtard et qu’une
telle illégitimité lui interdisait de procréer un enfant mâle. Sans plus
tarder, on baptisa l’enfant dans la cathédrale de Bourges et Charles VII,
soucieux de ses alliances, demanda au duc d’Alençon d’en être le parrain.
Jusqu’à l’âge de deux
ans, le futur Louis XI fut élevé, nous dit-on, par de braves habitants de
Bourges, sa nourrice Jeanne Pouponne et son gouverneur Jacques Trousseau.
Toutefois, la situation militaire étant très instable et à la seule idée que
Charles avait à présent un héritier mâle, les tensions se précisaient de tous
côtés et les parents de l’enfant craignaient pour sa vie. C’est ainsi qu’il fût
décidé vers l’an 1426 que Louis serait conduit en Touraine, lieu beaucoup plus
propice pour assurer sa protection.
Louis passa donc une dizaine d’années au château de Loche, confié aux
soins de sa marraine Catherine de L'Isle Bouchard.
Alors que Louis reçoit à Loche une éducation digne de son
rang, son père Charles VII batifole avec sa maîtresse officielle au château de
Bois-Sire-Amé à quelques lieux au sud de
Bourges. En effet, Charles est tombé follement amoureux de la jeune
femme qui n’est autre qu’Agnès Sorel. Cette dernière est alors dame d’honneur
d’Isabelle de Lorraine et l’épouse de René d’Anjou. Elle fera en sorte de
devenir l’être indispensable au roi et lui donnera trois filles.
Le château de Bois-Sire-Amé se trouve sur la commune de Vorly, près de Levet et le couple aime à y séjourner les mois d’été. Ce château appartenait à un personnage important de Bourges, le vicomte Artault Trousseau. Celui-ci avait d’ailleurs donné son nom aux lieux puisqu’on appelait également le Bois-Sire-Amé, Bois Trousseau. Les lieux plaisent à Agnès Sorel et au roi et c’est en 1447 que ce dernier va offrir en cadeau la dépendance à sa maîtresse. Toutefois, l’habitat nécessite de nombreux travaux et Charles VII désigne Jacques Cœur pour surveiller le chantier. Agnès Sorel et Jacques Cœur, l’Argentier célèbre, vont alors resserrer leurs liens, ne sont-ils pas tous deux d’origine modeste ? Une réelle amitié va les lier, Agnès Sorel favorisant le commerce de Jacques Cœur et ce dernier confortant la maîtresse royale dans une puissance et une honorabilité. Cet ainsi que Jacques Cœur obtiendra l’autorisation royale pour marier sa fille Perrette avec Jacquelin, le fils d’Artault Trousseau dans les lieux rénovés. .
Charles partage son temps entre sa résidence officielle à
Mehun sur Yèvre et le château de Bois-Sire-Amé où il se plaît à retrouver sa
maîtresse dès qu’il le peut. C’est à Mehun qu’il gouverne le maigre territoire
dont il a la charge et qu’il reçoit en audience les seigneurs venus pour le
rencontrer. Agnès Sorel va exercer une grande influence politique sur le roi et
l'encouragera à reprendre la guerre contre les Anglais. Les obligations royales satisfaites, il
chevauche en direction de sa dame de beauté et organise même au château des
festivités aux regards de toute la cour à l’été 1447. Les deux amants ne se cachent
plus désormais et s’affichent ensemble à toute occasion. Ils forment un
véritable second ménage. La légende raconte que Charles VII rejoignait sa belle
par u souterrain qui partait de Mehun
jusqu’au château de Bois-Sire-Amé et que celui-ci était assez large t
haut pour permettre de l’emprunter à cheval. Agnès Sorel, quant à elle, aimait
se retirer dans le fief d’Issoudun, don du roi à sa maîtresse et se rendre dans
la propriété de Jacques Cœur, au château de Menetou Salon où dit-on elle aimait
se reposer dans le parc à l’ombre du grand chêne. C’est à cette époque que le
fils de Charles VII, Louis, montre sans pudeur ses ambitions et sa
précipitation pour monter sur le trône de France et qu’il participe activement
à la Praguerie.
La jolie blonde Agnès Sorel est enceinte pour la quatrième
fois. Elle décide de rejoindre le roi qui guerroie en Normandie, et voyage en
février sur les routes défoncées. C’est
une jeune femme exténuée qui se retrouve face au roi. Les deux amants se rencontrent
à Jumièges. Charles s’est installé à l'abbaye de Montivilliers, au début de
l'année 1450, puis à l'abbaye de Jumièges. Il est là pour terminer la
"guerre de cent ans". Constatant qu’Agnès est enceinte de près de
sept mois, l'abbé de Jumièges met à la disposition du couple le manoir du Mesnil
qui dépend de l'abbaye. Agnès mettra au monde un enfant et décédera le 9
février 1450 d’un « flux de ventre ». Alors que son corps sera transporté à Loches,
sa ville natale, son cœur et ses viscères demeureront à l’abbaye de Jumièges.
Durant longtemps, des rumeurs circuleront. On
pensera que la belle courtisane aura été empoisonnée. Aujourd’hui, les
historiens en ont la certitude : Agnès Sorel succomba à un empoisonnement
au mercure. Elle n’avait que 25 ans !
On soupçonnera tout d’abord Jacques Cœur d’être l’empoisonneur,
mais très vite les accusations se porteront sur le médecin du roi, Robert
Poitevin. Les soupçons n’épargnent pas le Dauphin qui détestait depuis toujours
la maîtresse de son père. Les raisons du crime : Agnès Sorel n’était-elle
pas la "maîtresse" officielle du roi Charles VII, et ses enfants
pouvaient donc prétendre au trône, ce
qui était politiquement très important. Louis XI dit "L'universelle
Araigne" comme l’on surnommé ces contemporains est sans aucun doute un
grand roi, mais bien de son temps, car à cette époque pour survivre, il fallait
être plus fort et sans doute plus tortueux que les autres. En conclusion, Jacques Cœur perd sa
protectrice et Charles VII son inspiratrice. Le grand argentier du roi Charles
VII sera arrêté et banni en 1453, ses créanciers ayant eu raison de lui et de
sa réussite personnelle.
Charles VII se consolera pourtant de la mort de belle
maîtresse et reviendra à plusieurs reprises avec sa cour au château de
Bois-Sir-Amé. Quelques années plus tard, ce sera au tour du Roi Charles VII de
s’éteindre dans des circonstances encore non élucidé. Certains auraient
prétendu que craignant d’être empoisonné, ce dernier se serait laissé mourir de
faim, d’autres évoqueront un méchant abcès à la bouche. Il rendra l’âme le 22 juillet
1461, laissant le trône à son fils Louis le onzième.
Louis XI va alors se souvenir de ses années d’enfance passées
à Bourges et fondera en 1463 une Université comprenant 5 facultés. Pour la
première fois dans l’histoire, il fera écrire les coutumes locales qui
devinrent les références du droit dans les villes et provinces. Ainsi Bourges
et Mehun seront les premières villes en France à avoir de vraies coutumes
écrites. Un an plus tard, il organisa ce
qui sera La Poste. C'est-à-dire les courriers réguliers et organisés de
porteurs de messages. Ainsi l'Université de Bourges possédait-elle un service postal
de première qualité. Forgé d’un très fort caractère et n’admettant pas la
contradiction et encore moins la révolte, il va alors lutter contre les nobles
qui se révolteront en formant la Ligue du bien public. En 1474, il décide de
faire réparer la muraille protégeant la ville de Bourges et déclenche une
grande révolte des habitants de la ville en voulant les taxer pour financer
l’opération. Louis XI, imperturbable, va envoyer ses troupes pour assouvir les
révoltés. Il ordonnera à cette occasion d'emprisonner,
de pendre et d'exposer les cadavres aux portes des maisons. Telle est la
justice du roi. Ainsi, le 12 mai 1474,
comme le remarque Suzanne Portier, "Bourges donna le triste spectacle de
corps se balançant aux potences". Quelques jours plus tard, sans doute,
pour atténuer les tueries réalisées, il procédera à une réorganisation
administrative de la ville de Bourges. Désormais, pour diriger la ville, à la
place des 4 prud'hommes, il y aura un maire et 12 échevins.


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