Une catastrophe ne vient jamais seul ! La crue du Cher en 1940

 


En ce début de mai 1940, les riverains du Cher sont en alerte. Alors que l’armée française s’apprête à contrer l’offensive allemande  et sont à quelques kilomètres de la Belgique, alors que Chamberlain contraint de démissionner est remplacé par Winston Churchill à la tête d’un gouvernement d’Union nationale, on apprend que le Cher en crue dépasse les plus hautes cotes connues et que le département est mis en surveillance sérieuse. 

Après tout, pourquoi le Cher ne ferait-il pas parler aussi de lui ? Un fait est certain, en ce début de mai, il cesse d’être une rivière tranquille et commence à inquiéter les berruyers. Vierzon s’inquiète en particulier car on annonce des crues vertigineuses à Montluçon et tous savent qu’il ne faut que trois jours pour que les crues constatées dans cette dernière ville atteignent la deuxième ville du Cher. La ville a d’ailleurs déjà les pieds dans l’eau et certains habitants ont trouvé refuge sur les hauteurs de la cité. Très vite une rumeur court dans le département : un barrage aurait cédé !

 Peu importe car c’est un véritable déluge qui s’abat sur la région et la crue va bientôt égaler les grandes inondations du début du siècle. On se précipite, on range ce que l’on peut à l’étage, au grenier, on se réfugie sur les toits après avoir tenté de protéger les animaux domestiques, les chiens, les chats, les poules et les vaches, sans compter les moutons qui pullulent dans les campagnes le long des berges de la rivière. Bientôt sur les quartiers bas de Vierzon on ne voit plus que les toits des maisons.

Comme si les mauvaises nouvelles provenant du front et de nos soldats engagés dans une guerre qui est déclarée mais non encore engagée ne suffisait pas à assombrir le climat régnant sur la population ! Un bataillon du 6ème génie est déployé pour venir en aide aux vierzonnais et ravitaille par barque ceux qui sont bloqués chez eux. Beaucoup sont isolés, d’autres coupés tout simplement du monde extérieur, sans électricité, sans gaz, sans eau potable et sans nourriture. Bientôt le fleuve amène avec lui d’innombrables détritus, des souches d’arbres déracinés, des pants entiers de murs de maisons, des carcasses d’animaux qui ont péri en campagne faute de secours. Le courant est violent et emporte tout sur son passage, voitures, chariots, volets et toitures. Les secours militaires sont impuissants mais on ne compte aucune victime dans le vierzonnais. Il n’en est pas de même sur saint-Amand où une jeune fille est emportée par les eaux. La question du ravitaillement et des secours est posée : comment venir en aide aux populations et contourner l’absence de routes, submergées par la rivière et l’engloutissement des voies ferrées ? L’économie locale est mise à rude épreuve et on ne compte plus les usines inondées dans la région. Les nuits et les jours se suivent et se ressemblent. Au matin du 6 mai 1940, la décrue est annoncée. Les militaires en mission vont pouvoir déblayer au mieux les chemins et les routes et vont distribuer aux vierzonnais du chlorure de chaud et de l’eau de javel pour désinfecter les lieux et les habitations.  

Le préfet du Cher va prendre la parole et s’adresser à la population en réfutant la rumeur qui avait circulé sur la rupture d’un barrage. Seuls, les hommes sont responsables de la propagation rapide d’une crue qui ne serait restée qu’importante au lieu de catastrophique si ces mêmes hommes avaient respecté la nature, protégé les arbres et les haies et curer régulièrement le lit de la rivière. Il se passera une bonne semaine avant que les vierzonnais retrouvent leur habitation, leurs animaux et leurs routes. Dans une bonne semaine, on annoncera l’invasion de la Belgique et de la Hollande par l’Allemagne et c’est une déferlante de blindés avec pavillon germanique qui roulera vers la capitale française. Tout comme pour le Cher en crue début mai, il ne faudra pas plus d’une semaine pour que l’invasion de la France soit effective devant une armée aussi impuissante que la sécurité civile l’avait été devant la montée des eaux du Cher.

 Michel Benoit de Saint-Germain d'Apchon

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