Chateaufer et Noirlac, derniers refuges pour les réfugiers espagnols
C’est au camp de Chateaufer, dans la petite commune de
Bruère-Allichamps, à 7 kilomètres au nord de la ville de Saint-Amand-Montrond,
située à mi-chemin entre Bourges et Montluçon que les camions sont arrivés il y
a quelques jours amenant avec eux des milliers de réfugiés espagnols qui
avaient fuis leur pays. L’hiver avait été glacial et ce début de février n’avait
laissé présager rien de bon aux familles, femmes et enfants, qui avaient été
orientés de la gare de Bourges en quatre convois en direction de l’atelier du
carrossier du rétif. Soumis à une quarantaine ferme, du fait des risques
d’épidémie, ceux-ci avaient vécu durant quatre à cinq mois dans des
baraquements, attendant chaque matin la venue de nouvelles qui se voulaient
toutes plus mauvaises les unes que les autres et qui annonçaient l’effondrement
de la république espagnole. La peur immédiate s’est apaisée depuis leur arrivée
en France, et puis le Cher est loin de la frontière séparant la république
française à l’état mis en place par le général Franco et la commune de
Bruère-Allichamps n’est-elle pas l’une des sept communes revendiquant le titre
de centre de la France…Pourtant la déception morale est forte pour ces milliers
d’espagnols ayant choisi la terre des « droits de l’homme » pour fuir
la dictature franquiste car très vite une grande partie d’entre-eux comprend
qu’ils sont qualifiés « d’indésirables » et que la terre de refuge
est devenue terre de contrôle.
Ainsi, cet ancien haras important, qui fut en son temps
consacré à la production de chevaux pour l’armée française jusqu’à la grande
guerre, est devenu le refuge de quelques hommes et de nombreuses femmes et
enfants assignés à résidence. Des dortoirs ont été aménagés dans les écuries
pour la circonstance, certes peu confortables, mais la cuisine française
collective va réchauffer les cœurs et tous vont être solidaires dans l’épreuve.
On transforme des cellules de moines et les celliers en lieu de vie. On y
installe des paillasses et de couvertures abondantes tant le froid et
l’humidité y règne en maître contrastant avec l’été où la vallée du Cher dans
cette région est verdoyante et saine et où la fraicheur des bâtisses de
l’abbaye de Noirlac est un enchantement.
Dans cet espace, un hôpital de fortune va être aménagé avec
pas moins de soixante-dix lits pour soigner les carences alimentaires
constatées, secourir les vieillards impotents et parfois donner naissance à de
jolis bébés. Certes, le gouvernement français et les autorités locales vont
inciter les réfugiés à repartir dans leur pays mais malgré les facilités
offertes pour regagner l’Espagne, ils seront encore près de mille à la fin de
l’année et près de six cents l’année suivante à occuper les lieux qui est
devenu un camp d’internement pour réfugiés politiques et qui deviendra durant
la durée de la guerre un hospice où les vieillards de Saint-Amand-Montrond
seront transférés.
Les réfugiés ayant vécu dans ce camp, comme de beaucoup
d’autres camps en France, et rescapés de la seconde guerre mondiale, tenteront
de se regrouper en famille. Certains, ayant choisi de poursuivre le combat dans
la résistance, prendront part à la libération, d’autres retourneront au pays. En
1949, libérée de ses occupants, on procédera à la restauration de l’abbaye et
les travaux dureront une trentaine d’années. Une plaque commémorative sera
inaugurée sur le bâtiment des communs à l’abbaye et les visiteurs pourront
lire :
« Ici, en 1939, ont séjourné plusieurs centaines de
femmes et d’enfants républicains espagnols qui fuyaient la dictature
franquiste. N’oublions pas. »

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