' Le mot de Cambronne a-t ’il été prononcé ?

 


Depuis près de deux cent ans, les contemporains, puis les historiens de la bataille de Waterloo affirment que le général Cambronne, le 18 juin 1815, à la tête de ses grenadiers et encerclé par l’artillerie anglaise le sommant de se rendre, aurait prononcé le fameux «  merde ! » qui avait depuis fait couler tant d’encre. Qu’en fut-il vraiment ?

Un grenadier présent lors de la bataille, Antoine Deleau, raconta en 1862, alors que Victor Hugo et son roman Les Misérables était de toutes les conversations, que l'artillerie anglaise foudroyant son carré, le général Anglais avait crié en français :  "Grenadiers rendez-vous ! ". Cambronne aurait répliqué une première fois : " la garde meurt mais ne se rend pas ! ». Le général anglais avait alors commandé  le feu et les Français reformé leur carré;  "Grenadiers rendez-vous ! Vous serez traités comme les plus beaux soldats du monde !" avait repris la voix stricte du général Anglais. 

Cambronne aurait répliqué à nouveau :  "La garde meurt mais ne se rend pas !". Le témoin nous rapporte que tous répétaient cette phrase, reprise bientôt par tout le carré. Les Français essuyant une nouvelle  décharge, reformèrent le carré en ouvrant le feu à leur tour…
Cette fois les soldats anglais  leurs implorèrent de se rendre. "Grenadiers rendez-vous ! rendez-vous !".
C'est alors que fou de colère, Cambronne aurait lâché le fameux : "Merde !". Ce fut le dernier mot qu’Antoine Deleau entendit, selon lui, car il reçut un boulet dans son colback qui l'étendit sans connaissance sur un tas de cadavres."

Le samedi 24 juin 1815, le Moniteur relatait l’acte de bravoure auprès de la France entière. Le Journal Général de France publiait le récit de l’épisode  du combat entre les grenadiers de Cambronne et l’artillerie anglaise. A la recherche d’un exemple ou d’un bon mot pouvant galvaniser le peuple inquiet devant le retour des émigrés à Paris, la chambre des députés voulut offrir ladite déclaration de Cambronne au peuple et aux soldats pour leur redonner courage et honneur. On attribuait bien la réponse de Cambronne : «  La garde impériale meurt et ne se rend pas »  mais uniquement celle-ci.

La surprise nous vint pourtant de Cambronne lui-même, puisque sa vie durant, le général devait nier avoir prononcé cette phrase et le mot qui suivait. Il est vrai que les années étaient passées et que Cambronne  devenu vicomte ne souhaitait certainement plus se souvenir d’une époque où il fréquentait les corps de garde, à la grande joie de ses troupes qui lui étaient restées fidèles.

Michel Benoit de Saint-Germain d'Apchon

 

 

 


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