L’accouchement public des reines
L’accouchement des enfants royaux devait se faire en public. La raison en était simple : éviter qu’une substitution de l’enfant royal ne soit effectuée.
Henri IV ne disait-il pas en s’adressant à
Marie de Médicis qui était sur le point de donner naissance au futur Louis
XIII :
«- Mamie, vous savez que je vous y dit par plusieurs fois
le besoin qu’il y a que les princes du sang soient à vostre
accouchement… »
A cela Marie de Médicis lui répondit
qu’elle était résolue de faire tout ce qu’il jugerait bon. Henri IV devait lui
répondre alors :
« - Je sais bien, ma mie, que vous
voulez tout ce que je veux ; mais je connais votre naturel, qui est timide et
honteux, et je crains que, si vous ne prenez une grande résolution, les voyant,
cela vous empêche d’accoucher »
Dans sa réponse, Henri IV fait allusion au manque d’intimité
découlant de cet acte royal, mais tout comme le repas et l’agonie, l’intimité
n’était pas de mise dans le domaine princier. En effet, dès les premières
douleurs, les ministres, les ambassadeurs, les membres de la famille royale,
frères, sœurs, cousins, courtisans et domestiques se précipitaient dans la
chambre de la reine pour assister à l’accouchement public. Par ce rituel, on
coupait court immédiatement à toute rumeur pouvant colporter une éventuelle
substitution de l’enfant.
De
l’air par pitié !
Ce rituel perdura jusqu’à Louis XVI. En effet, le 19 décembre
1778, la reine Marie-Antoinette devait accoucher d’une fille que l’on nomma
Marie-Thérèse et qui devait prendre le titre de Madame Royale. L’accouchement
fut difficile et eut lieu au milieu d’une foule importante de témoins rendant
la chaleur si étouffante, que le roi Louis XVI du briser un carreau pour qu’un
peu d’air frais pénètre dans la chambre de la reine et que cette dernière
puisse reprendre ses esprits. On rapporte que le roi avait eu, dans la nuit, la précaution de faire attacher avec des
cordes les immenses paravents de tapisserie qui environnaient le lit de sa
majesté : sans cette précaution ils auraient à coup sûr été renversés sur elle.
Il ne fut plus possible de remuer dans la chambre : elle se trouva remplie
d’une foule si mélangée, qu’on pouvait se croire dans une place publique. Deux
savoyards montèrent sur des meubles pour voir plus à leur aise la reine placée
en face de la cheminée, sur un lit dressé pour le moment de ses couches et l’on
entendit l’un des médecins au chevet de la reine crier tout à coup :
« De l’air ! de l’air ! Par pitié ! »
Le couple royal prendra note de cette journée et plusieurs
années plus tard, Marie-Antoinette aura le courage et la volonté de cacher les
douleurs de ses contractions pour éviter d’accoucher en public. Prise de court,
la famille et les courtisans n’auront
pas le temps d’organiser et de mettre en place le rituel et c’est dans
l’intimité cette fois que la reine mettra au monde son deuxième fils, le futur
Louis XVII.
A compter de cette date, les accouchements royaux ne se
déroulèrent que dans une intimité choisie.

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